jeudi 17 août 2017

Le message du Père François

Évangile de Jésus Christ selon St Matthieu 15 21–28

« En ce temps-là, partant de Génésareth, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. » Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! » Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! » Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie. »


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Après la multiplication des pains et la marche sur les eaux, Jésus semble éprouver le besoin de se faire un peu oublier. Il se retire dans la région de Tyr et de Sidon, sur l'actuelle côte libanaise, au nord de la Galilée. Lieu très renommé dans la Bible, à la fois pour sa richesse, sa beauté, mais aussi pour son accueil de toutes les idoles en vogue.
Jésus vient se reposer avec ses disciples, en terre païenne.  Et voici qu’une étrangère, une Cananéenne vient le supplier. Elle est très marquée par la souffrance de sa fille. Sans connaître personnellement Jésus, sinon par ce qu’elle a entendu de lui,  elle espère qu’il va soulager et guérir sa fille. Cette étrangère est proche du désespoir. Elle crie, parce qu'elle espère que son salut  peut venir de Jésus. Elle l’interpelle avec une telle insistance,  que les disciples veulent la faire taire. Cette femme crie sa douleur de mère, comme tant de nos mamans, qui voient leurs enfants affligés d'un mal profond. Elle se montre audacieuse. Elle sait bien qu'elle n'est pas juive, et elle arrive en toute d'humilité, avec sa détresse et sa détermination. Elle se jette aux pieds de Jésus. La réponse de Jésus est surprenante. On n’est pas habitué à cette forme d’indifférence de sa part. Pourquoi ce manque  de considération et de compassion à l’égard de cette femme en souffrance ?  «  Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël.  Laisse d'abord les enfants se rassasier; car il n'est pas bien de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens. » 
Qu’est-ce qui a poussé Jésus à être aussi dur et presque méprisant ? Fait-il semblant d’être dur et indifférent ?  Pourtant, il a déjà fait de nombreuses guérisons,  en allant au-devant des malades et des handicapés pour les guérir. Car au cœur de sa mission, Jésus pense d’abord à ceux qui peinent.
Aujourd’hui, le cri de cette femme peut nous renvoyer à une foule de cris qui s’élèvent du cœur de gens blessés dans leur humanité. Ces cris retentissent sur nos places publiques par les manifestations et par le biais des informations. Ne déclenchent-ils pas trop souvent le mépris au lieu de l’écoute, la fermeture au lieu de l’accueil ? Or la vie n’a pas d’avenir sans écoute, sans accueil et projet d’avenir pour aider ceux qui peinent.
Dans toutes les situations difficiles, chacun doit prendre sa part de responsabilité, là où il vit, là où il a un pouvoir de décision, là où il a une parole à donner. Les barrières, les obstacles, les incompréhensions, les murs ne sont pas seulement le fruit, le résultat de couleur de peau, de religion, de nationalité, mais le fruit de tous nos enfermements, de nos blocages et de certitudes établies depuis des générations. Par exemple, actuellement, tout le monde est choqué du fossé qui s’aggrave entre les riches et les pauvres. Mais tout est fait pour que cela continue. Si rien n’est entrepris, dans tous les domaines, pour que les choses  s’améliorent, demain sera encore plus difficile.    
La foi chrétienne, aujourd’hui comme hier, est toujours au service de la vie. La méditation de l’évangile doit nous aider à renouveler  et à affermir notre foi. Dans toute démarche humaine et chrétienne, ce qui est premier, c’est le souci de la dignité des personnes, car tous sont enfants de Dieu. Jésus nous dit « Ce que tu as fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que tu l’as fait ». Cette dignité est toujours  remise en cause par l’attrait du pouvoir, de l’argent, de la domination, c’est ça le péché qui détruit la dignité. C’est pour cela, qu’il est nécessaire de prendre le temps de s’affermir. C’est une Bonne Nouvelle pour la dignité de chacun. Jésus ne veut pas qu’on s’arrange avec  ces drames. Au contraire, il veut nous entraîner dans la compassion. N’est-ce pas agir et demander grâce pour ceux qui souffrent du mépris. Il est essentiel que chacun soit respecté dans son intégrité d’Homme et de Femme. Jésus veut que chacun se sente aimé de Dieu, car enfant de Dieu.

François, prêtre retraité